Bonjour à toutes et tous. Mon nom est Dominique Peltier, je suis journaliste presse écrite et Youtubeur français avec ma chaîne Le Nez dans le Moteur.

Je profite de l’invitation de Liberty Rider pour vous raconter ma vie de motard et vous parler de mon expérience. Celle qui m’a donné envie de mettre la moto entre parenthèses.

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Pourquoi j’ai mis la moto entre parenthèses ?

Pour le comprendre, il faut remonter au tout début, à la genèse de mon histoire de motocycliste.

J’ai enfourché ma première moto sur le tard. J’avais 25 ans et nous étions en 1982. Ma monture était une Moto-Guzzi V7 de 1971. Il fallait être bûcheron pour embrayer et avoir une confiance indéfectible au système de freinage rigoureusement d’époque. Le mal était fait : j’étais accro de cette moto de caractère et de la moto en général. Comme tout le monde à l’époque ou presque, je me suis tourné ensuite vers des machines “modernes”, donc japonaises. Plus puissantes, plus faciles, plus confortables, plus sécurisantes et relativement abordables question tarif. 

Notre but : aller vite.

Chaque week-end était un prétexte pour rouler avec les potes. Nos copines étaient bien sûr du voyage et certaines pilotaient leurs propres machines. J’habitais à l’époque le Val d’Oise, la campagne normande toute proche, c’était le terrain idéal pour trouver des routes tranquilles. Nous, en revanche, nous n’étions pas vraiment tranquilles. Le but était d’aller vite, voire très vite. Les limitations ne nous concernaient pas ou peu et le risque de se faire prendre était quasi nul. Il était naturel d’adopter des vitesses de croisière qui aujourd’hui vous rangeraient aussitôt au rang de grand délinquant de la route.

L’Islande

Les années ont passé, certains ont disparu, d’autres ont vendu leurs motos, et d’autres comme moi ont poursuivi l’aventure cherchant un moyen d’en faire un métier. Nous sommes en 1989. Je démissionne de mon emploi de “technico-commercial” dans l’univers du café ; et plutôt que de me jeter sur les petites annonces je me lance dans la restauration d’un vieux side-car des années 60 pour préparer un voyage en Islande.  Je peux vous dire qu’en 1989 personne ne parlait d’Islande et personne ne rêvait d’y aller. Nous… Si !

Premier déclic

Je ne vais pas vous raconter notre voyage, mais au retour mon regard sur la moto s’était modifié. Moi qui ne rêvais que de machines sportives ou sportivo/GT je venais de parcourir près de 5 000 kilomètres, le sourire aux lèvres et les yeux riches de mille souvenirs, avec un engin qui ne dépassait pas les 90 km/h. Aujourd’hui encore, il fait partie de mes plus beaux voyages à moto.

La presse, par la petite porte

Retour à la réalité et recherche active d’un emploi. Coup de chance, je suis embauché dans un journal d’annonces juridiques en qualité de Motard de Presse, ou si vous préférez : coursier de luxe. Me voilà au guidon d’une BMW pour me rendre chaque jour dans les tribunaux de commerce de toute la ceinture parisienne et au-delà. Au total, chaque jour je comptabilisais entre 300 et 400 kilomètres (été comme hiver et 11 mois sur 12) soit plus de 90 000 km par an. J’ai tenu ce rythme pendant 10 ans et 2 mois… Et j’ai usé jusqu’à la corde quelques braves bavaroises… Pendant toutes ces années de roulage intense je n’ai pas modifié véritablement mon comportement sur la route. Mon métier exigeait de la rentabilité, autrement dit rapidité et ponctualité. J’entrais et je sortais de Paris 10 fois par jour, périphérique, boulevard circulaire de la Défense (aujourd’hui au musée), voies rapides, autoroutes et sans oublier bien sûr les grandes avenues et les petites rues de Paris, tout cela était mené à un train d’enfer avec l’interdiction évidemment de chuter. Question apprentissage je n’ai pas trouvé mieux !

La presse spécialisée

Après quasiment 1 million de kilomètres en qualité de motocycliste professionnel, j’ai quitté la presse juridique pour embrasser la carrière de journaliste essayeur moto. J’ai collaboré avec de nombreux magazines dont un qui a fini par m’embaucher, les plus anciens d’entre vous l’ont connu : Le Monde de la Moto. L’histoire sera de courte durée, le magazine ferme ses portes en 2001. Je poursuis malgré tout dans cette voie qui me passionne et travaille dans la presse magazine généraliste. Je peux ainsi continuer à faire des articles moto, mais aussi automobile, allant même me spécialiser dans de nouvelles rubriques : voyage, hôtel, gastronomie… Et la moto dans tout ça ? 

Ma condition de journaliste moto me permettait de rouler avec toutes les nouveautés du moment, tous styles confondus. Ma moto perso était une BMW R90S de 1975, d’autres viendront grossir ma petite collection.

La moto entre parenthèses

Nous y voilà. Il s’est encore passé une petite décennie avant que je ne découvre la vidéo. Je filme mes balades, j’apprends le montage et dans le même temps je crée ma chaîne Youtube. Nous sommes en 2013 et ma motivation est de faire des films pour mes potes, surtout pour ceux restés à Paris. Histoire de les narguer avec nos routes sinueuses et notre ciel bleu presque quotidien.

Au fur et à mesure, je soigne davantage mes films à la recherche de routes et de lieux à l’abri des regards. Des petites routes de rêve, confidentielles, celles que tout motocycliste normalement constitué recherche. La moto n’est plus l’actrice principale, elle joue les seconds rôles. Elle devient l’instrument, le prétexte pour mettre en image des décors fabuleux. C’est ainsi que j’ai commencé une lente désescalade. Revenant peu à peu à la source, j’ai vendu les 5 machines qui constituaient mon patrimoine moto, pour m’offrir la simplissime Royal Enfield Himalayan. Elle est parfaite pour ce rôle. Une bête de somme qui sait se faire oublier et qui n’a pas d’ego. 

Avec une approche de la moto plus douce, plus apaisée, où la performance est celle de s’émerveiller, je ne me suis jamais senti aussi libre qu’aujourd’hui…

Il a suffi d’un petit Trail de 25 chevaux pour modifier en profondeur ma perception du bonheur à moto. Avec elle, au rythme de 20 000 km par an entre parenthèses, j’ose m’aventurer sur des pistes désertes, des chemins étroits et des routes oubliées. J’emporte avec moi, mes caméras, mon drone, de quoi m’alimenter et j’enclenche à chaque balade mon application Liberty Rider, c’est la seule technologie que je tolère à bord de ma moto. Elle est mon fil d’Ariane entre moi et mes proches… C’est précieux et rassurant.

Dominique Peltier
Le Nez dans le moteur